Claire
   Lafrenière

Photo : Simon Ménard

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Claire Lafrenière chante l’histoire de la chanson québécoise à travers ses premiers auteurs.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Claire Lafrenière a de la mémoire! Poursuivant une démarche entreprise en 2000 avec la parution du disque Chansons urbaines du Québec 1900-1950, l’artiste-archiviste présente Chansons actuelles.

Pour découvrir les joyaux qui composent son répertoire, Claire Lafrenière et son complice de longue date, l’historien Jacques Clairoux, ont cherché dans des périodiques d’époque, tels le Passe-temps et Montréal qui chante, qui publiaient des partitions musicales, et retracé des feuilles de musique.

Les arrangements de Réal Léveillé, Steve Normandin et Roland Tremblay sont parfois fidèles à leur époque, mais flirtent aussi avec le rap, le reggae, le folk ou le blues. Certaines pièces sont accompagnées à l’orgue de rue et par des boîtes mécaniques (Mélodia et Célestina).

Des chansons qui n’ont rien perdu de leur pertinence

Quelque 100 ans après leur création, il est étonnant de constater à quel point ces chansons demeurent d’actualité. Le gaz à bon marché (1905), de Fleury Delville et G. Chaillier, qui traite du prix élevé de l’énergie, et Le mortel baiser (1920), de Paul Gury et Charles Aimé, sur les maladies transmises sexuellement, en sont de parfaits exemples.

Qui dit actualité dit politique, l’objet de deux chansons : Le salaire des députés (1905), de Fleury Delville et Antonin Louis-Del, qui ironise sur le traitement salarial des élus, et J'm'en fiche pas mal (1909), de Léon May et Charles Pourny, qui met en scène un ex-politicien désabusé.

Certains grands événements de l’époque sont commentés, comme Le naufrage du Titanic (1912), de Joseph-Hormidas Malo, Monsieur le Roi (1916), de Paul Gury, brûlot à la défense du français, ou Dans l’île du peuple (1911), de Jean-Baptiste Gagnepetit et Eugène Feautrier, plaidoyer en faveur de l’accès gratuit au parc de l’île Sainte-Hélène, qui ne va pas sans rappeler la saga du mont Orford.

Réflexion sur la peine de mort, toujours en vigueur dans plusieurs pays, La romance du crime en Canada (1916), de Bernard Gaudet, évoque les grands criminels du début du 20e siècle, alors que L’enfant puni (1918), reconstituée par Adélard Lambert, donne la parole à un condamné sur l’échafaud. Sans-le-Sou (1907), d'Auguste Charbonnier, traite pour sa part de la question de la pauvreté.

Certaines de ces chansons étaient interprétées dans les cinémascopes, avant la projection de films muets et lors du changement de bobines. C’est le cas de La lager bohémienne (1915), de Louis-Joseph Paradis et Jean-Baptiste Lafrenière, qui vante les mérites d’une bière populaire (preuve que les annonces de bière ne datent pas d’hier!). On peut aussi facilement s’imaginer une pièce comme l’amusante Bananavots, un pot-pourri inspiré d’un succès américain qui ouvre l’album, interprétée entre deux projections.

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